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Quoi de neuf pour mes finances ?

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Pour notre édito du mois de mai, je me suis permis de reprendre un article que j'avais initialement écrit en 2005 sur la relativité en finance. En lisant ce qui suit, le lecteur comprendra, je l'espère, pourquoi.

Pourquoi faut il regarder plus loin qu'hier?

L’étude économique et financière requiert d’apprécier les évènements à plus ou moins long terme et de distinguer les « phénomènes » spéculatifs de ceux étant provoqués par des mécanismes économiques ou des volontés politiques ou encore des cycles.

Rappelons que le terme spéculation définit « une opération financière effectuée dans l’intention de tirer profit à très court terme des variations de cours sur une valeur ou un produit financier déterminé, en fonction d’anticipations personnelles à la hausse ou à la baisse » (1).

La temporalité en finance et en économie est une dimension souvent mésestimée, notamment parce ce que les acteurs de ce secteur ont des visions à très court terme.

L’histoire économique et financière est jalonnée de crises très courtes, souvent provoquées par des actions spéculatives menées par des tiers sur un marché particulier mais qui contribuent à déstabiliser l’ensemble des mécanismes financiers en provoquant un mouvement de fond qui perdure dans le temps et peut impacter non seulement le système financier mais aussi l'économie dans son ensemble.

Le changement de politique monétaire est, par exemple, souvent le catalyseur d’une crise financière brève. Une nouvelle règlementation, à l'instar de la mise en oeuvre de Bâle II, peut elle être à l'origine d'un dérèglement à court terme du système financier.

Cet édito [...] a donc pour objectif de fournir au lecteur un certain nombre de repères historiques et mécaniques qui lui permettront d’apprécier les arguments proposés ici tout en ayant compris l’importance de « l’environnement temporel » et de la position de l’étude dans le référentiel qui sera ainsi définit.

Les cycles longs de Nikolaï D. Kondratieff

Le remarquable article publié par Nikolaï D. Kondratief(2), « Les cycles longs de l’économie » tente de démontrer que l’économie des pays dits core countries, c'est-à-dire ceux étant de type capitaliste et produisant des biens complexes, suivent une dynamique non linéaire et récurrente avec des cycles d’environ 50 à 60 ans.

En partant de cette hypothèse (qui sera sa conclusion), il étudie un certain nombre de séries statistiques datant de la fin du XVIIIème siècle s’étalant jusqu’au XXème siècle.

La théorie relative au cycle de Kondratieff tente de démontrer que les économies des pays développés suivent des cycles longs qui sont le résultat de forces qui s’équilibrent ou se déséquilibrent avec régularité ou récurrence. Le lecteur de cet édito [...] pourrait se demander comment ce genre d’assertion peut trouver sa place ici(3).

Une modélisation pour preuve ?

Pendant l’étude de la structure des marchés obligataires, de ses mécanismes ou de ses risques, j’ai remarqué que la littérature financière a souvent fait référence à ces cycles longs en expliquant que la situation conjoncturelle était un phénomène bien connu et déjà vu auparavant.

Si aucun modèle théorique n’a vu le jour en ce qui concerne Kondratieff, malgré les essais de Shumpeter(4), il faut bien admettre que nous en sommes encore au stade expérimental et que la cinquième vague que nous observons en ce moment ne reste qu’une observation sans fondement statistique ou économétrique modélisé (5) .

Pourtant, il semble intéressant de se poser la question de l’existence de cycles que pourraient permettre d’anticiper de manière macro-économique des phénomènes de bulle, et surtout de comprendre les mécanismes récurrents en analysant leurs causes et leurs stimuli.

Un cycle reposant sur des données historiques

Le cycle de Kondratieff est composé de sous périodes qui ont symboliquement été appelées : printemps, été, automne et hiver. Les phases correspondantes aux deux premières saisons, dites phases ascendantes, sont remarquables par leur croissance soutenue durant de longue années : 1875-1815 (machine à vapeur et mécanisation de l’industrie textile), 1850-1870 (Chemin de fer), 1895-1915 (moteur à explosion et électricité), 1945-1975 (électroménager et biens de consommation courante), 1998- ? (Internet), la sixième révolution étant déjà annoncée comme étant celle des biotechnologies.

Sans détailler chacune des phases d’un Kondratieff, il semble intéressant d’étudier celle dans laquelle nous nous trouvons : le retournement à la baisse (l'hiver).

Graphique 1  : Le cycle de Kondratieff


Source : http://www.kwaves.com/kond_overview.htm

Le retournement à la baisse semble correspondre à la période actuelle et indique que nous sommes à la fin du quatrième cycle. Théoriquement il s'agit d'une phase de dépression qui peut conduire à une déflation. C'est une période d'économie ou les investissements ralentissent, les technologies existantes sont améliorées au maximum de leur potentiel.

Conjoncture et cycle économique

Pendant cette phase, les investisseurs disposant de liquidités ont une propension plus importante à investir leur surplus vers les actifs les moins risqués "Fly-to-Quality".

En outre , les risques conjoncturels sont relativement importants dans la plupart des industries comme celle de l’automobile (choc pétrolier et compétition très importante), de la chimie (pas d’innovations), des nouvelles technologies (risqué) ou encore des biotechnologies (avenir incertain).

Les surplus de liquidités se dirigeraient donc non pas vers l’investissement direct dans l’économie réelle mais vers les matières premières puis vers l’obligataire. La financiarisation de l'économie de ces dernières années semble avoir conduit les investisseurs à d’abord investir dans les produits financiers plutôt que dans l’économie réelle.

Le Kondratieff nous apprend cependant que lorsque l’innovation industrielle ou technologique, en l’occurrence les technologies Internet, commenceront à peser sur l’économie réelle, alors la phase de hausse pourra commencer car elle sera porteuse de croissance. Les banques centrales devront alors relever leurs taux pour lutter contre l’inflation, les capitaux seront transférés vers l’investissement dans l’économie réelle dans un objectif de rentabilité.

Marianne ANDRE-IIZUKA - (Article initial Octobre 2005) repris en septembre 2008
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(1) D’après le dictionnaire technique de la bourse et des marchés financiers, Jeanne-France de Villeneuve 1997-1998.
(2) « Die langen Welten der Konjonktur », 1926. Article paru dans « Archiv für Sozalwirssenschafts und Sozialpolitik », (Vol. 56, N0 3, pp. 573-609).
(3) Paul Samuelson, économiste américain, qualifie d'ailleurs le cycle de Kondratieff comme un « objet de science-fiction ».
(4) Schumpeter fit référence aux travaux de Kondratieff dans son ouvrage intitulé « Business Cycles » et publié en 1939 dans lequel il tente de montrer qu’il existe une dynamique productive faite de cycles longs et courts.
(5) Les datations des vagues longues ont été réalisées par un concensus de 33 chercheurs et référencés dans l’ouvrage de Goldstein  Joshua S., « Long Cycles : prospérity and war in the Modern Age », New Heaven And London, Yale University Press, 1988, P.67.

Pour aller plus loin :

 

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