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L'accord arraché dimanche sur la restructuration du système bancaire a fait couler beaucoup d'encre. Beaucoup d'épargnants français se demandent si leur épargne est en sécurité et si, du jour au lendemain, le même effort de participation à la restructuration des banques ne pourrait pas leur être demandé. Voici quelques éléments de réponse.

Que se passe t'il à Chypre ?

Le système bancaire Chypriote s'est retrouvé dans une situation difficile ces derniers mois pour plusieurs raisons.

Depuis la chute du communisme en Russie, mais surtout depuis l'entrée dans l'eurozone de Chypre en 2008, ce petit pays a attiré beaucoup de capitaux russes. Les déposants souhaitant transférer leurs avoirs dans une monnaie stable, l'euro, et en dehors de leur pays d'origine, leur garantissant ainsi de conserver leurs avoirs en cas de changement politique en Russie.

Cet afflux massif d'argent a déséquilibré le secteur financier chypriote le rendant instable et peu sûr au regard des standards européens. Les marchés se sont progressivement méfiés de la solidité des banques chypriotes créant peu à peu une crise de confiance.

La machine bancaire du pays s'est alors grippée, les banques ne pouvant plus se refinancer auprès des marchés, elles ont du faire appel à la banque centrale européenne (BCE) et au Font Monétaire International (FMI) afin de trouver des liquidités.

Assistance des pays membres en difficulté sous conditions

Les pays membres de l'eurozone se doivent mutuellement assistance en cas de défaut du système bancaire de l'un d'entre eux. Dans le cas de Chypre, l'application de cette règle pose plusieurs problèmes.

En premier lieu, la grande majorité des avoirs déposés dans les banques chypriotes appartiennent à des non-résidents et plus particulièrement à des ressortissants russes. Apporter des capitaux aux banques chypriotes afin de "sauver" le système bancaire du pays reviendrait à protéger les dépôts - considérés par ailleurs comme douteux - de ces épargnants. Plusieurs pays de l'eurozone ont soulevé ce problème en exigeant des contreparties de la part de Chypre soulignant que l'argent des contribuables européens ne devait pas servir à maintenir un système réputé peu fiable sans contreparties.

En second lieu, apporter des liquidités au système bancaire chypriote sans le restructurer reviendrait à jeter les sommes investies par la fenêtre. Les membres de l'eurozone ont donc exigé des contreparties lourdes de la part des autorités du pays avant d'accorder des lignes de crédit en demandant notamment qu'un audit indépendant des banques soit réalisé par un organisme international, notamment afin de lutter contre le blanchiment d'argent.

Pour toutes ces raisons, l'accord entre les états membres fut donc difficile à obtenir, en voici les grandes lignes.

Les termes de l'accord entre Chypre et ses partenaires européens

Les membres de l'eurozone ont donc "exigé" plusieurs modifications, souvent douloureuses, pour Chypre afin d'ouvrir les vannes du crédit et permettant ainsi d'éviter la faille de son système bancaire :

  1. l'Eurogroupe demande la mise en place immédiate d'un accord entre la Grèce et Chypre relatif aux filiales des banques chypriotes basées en Grèce et ce afin de protéger la stabilité des systèmes bancaires des deux pays. Cet accord vise à éviter une contagion d'un système à l'autre et éventuellement à d'autres pays européenne.
  2. un "memorandum of agreement" (MoU) formalisant l'accord signé entre les membres le 25 mars 2013 détaillant le calendrier de mise en oeuvre des réformes structurelles devra être finalisé pour le mois d'avril 2013. Le document sera rédigé avec le concours de la BCE et du fonds monétaire international.
  3. dissolution de la banque Laiki qui sera séparées en deux banques (deuxième banque chypriote): la bonne et la mauvaise (littéralement "the good bank and the bad bank"). La bonne banque sera placée sous la protection de la banque centrale de Chypre. Elle regroupera tous les dépôts bancaires inférieurs à 100 000 € de Laiki ainsi que l'exige le mécanisme de protection européen des épargnants. La mauvaise banque regroupera tous les autres avoirs qui sont désormais gelés (pas de possibilités de transactions sur ces avoirs). Elle sera démantelée progressivement par un administrateur ou éventuellement recapitalisée par des avoirs privés. Cette banque est considérée comme être en faillite. Les épargnants ne retrouveront qu'une petite partie de leurs avoirs après avoir payé la facture de ce démantèlement.
  4. le conseil des gouverneur de la BCE va fournir la liquidité nécessaire à la stabilisation du système bancaire chypriote. A l'issue du programme de stabilisation, les banques devront être au moins avoir un ratio de capital de 9%.
  5. les liquidités apportées au système bancaire chypriote par les membres de l'eurozone (10 milliards d'euros) ne serviront pas à recapitaliser la banque Laiki (faillite de type Lehman Brothers).

Cet accord, difficilement négocié, a permis d'éviter la faillite du système bancaire chypriote. Il soulève néanmoins plusieurs questions fondamentales.

Boite de pandore

De nombreuses voix s'élèvent contre le plan présenté ci-dessus. D'abord, c'est une première dans l'histoire de l'Eurozone : deux banques faisant défaut ne seront pas sauvées par les autres pays membres. Si ces banques ne sont pas des acteurs majeurs de la zone euro, le risque systémique existe néanmoins (contagion à d'autres banques).

Le Financial Times, journal économique anglais, a tiré la sonnette d'alarme ce matin en indiquant que le souhait affiché du tout nouveau président de l'Eurogroupe, M. Dijseelbloem, était de ne plus secourir les banques de manière systématique. En d'autres termes, les banques n'ayant pas su se capitaliser ou se réformer pourrait être mises en faillite dans l'Eurozone. Le journal souligne les dangers d'un tel signal au marché.

Conséquences pour les épargnants en Europe

Les épargnants de l'Eurozone sont protégés par le fonds de garantie européen dont chaque banque doit être membre. Les dépôts des épargnants sont garantis par banque pour l'ensemble des comptes détenus dans celle-ci par une même personne physique à hauteur de 100 000 €. En cas de faillite d'une banque, les épargnants doivent être remboursés par le fonds de garantie.

Ce mécanisme a été mis en place ce week-end avec succès dans le cas de Chypre protégeant ainsi les petits épargnants.

Les membres de l'Eurozone craignent cependant que l'accord soit mal compris des épargnants ayant pour conséquence un retrait massif de liquidités, provoquant ainsi la faillite de tout le système (voir notre article sur le phénomène de "bankrun"). C'est pourquoi les autorités chypriotes ont déclaré deux jours supplémentaires de "bank hollidays" durant lesquelles les banques seront fermées.

Que les épargnants européens et notamment français se rassurent : les banques françaises sont soumises à de fortes contraintes réglementaires, notre système bancaire est stable et nos banques ont été largement restructurées depuis cinq ans afin de limiter un scénario tel que celui que Chypre est en train de vivre. De plus l'épargne des banques française provient principalement des résidents français.

Marianne IIZUKA

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